Les scènes de liesse qui ont tourné en boucle sur nos petits écrans à la suite de la désignation de Ségolène Royal pour la candidature socialiste à l’élection présidentielle ne doivent tromper personne. Le Parti Socialiste a essayé de faire de cet évènement la preuve de sa modernité et de sa totale maturité. Je pense quant à moi tout à fait le contraire.
Avec l’élection de Madame Royale, le PS vient de vivre un véritable tsunami politique dont on se rendra véritablement compte dans quelques temps, une fois que la fièvre médiatique sera quelque peu retombée. En effet, depuis son entrée en campagne, Ségolène n’a cessé de bousculer les lignes au prix de propositions plus farfelues les unes que les autres (encadrement militaire pour les délinquants, jurys citoyens) ou, le plus souvent, d’un total mutisme. Pire, la voilà qui remet ouvertement en cause le programme socialiste et qui n’imagine pas gagner sans le revoir en profondeur. Preuve que celui-ci est bel et bien en complet décalage avec la réalité puisque la candidate socialiste n’en veut même pas comme programme présidentiel. D’ailleurs, cette dernière ne fait même pas confiance à son propre partie, puisque c’est une équipe bien distincte de l’appareil officiel qui sera chargée de la direction de la campagne de la candidate.
Le constat est donc claire : le PS s’est donnée à une candidate qui n’incarne ni le projet socialiste et veut se distinguer autant que possible de son parti. Comment expliquer un tel décalage ? La réponse est claire, le Parti Socialiste est au bord du gouffre, en pleine crise d’identité, partagé entre son inclinaison naturelle pour les recettes du passé et un monde qui le presse de changer en profondeur. Car le constat historique est sans appel : la gauche française est de loin la plus archaïque d’Europe. Voilà un parti qui n’a de cesse d’être à contre-courant d’un monde changeant et en plein processus de globalisation.
1981 : alors que les Trente Glorieuses sont terminées depuis près de dix ans et que l’économie mondiale subit un processus de dérégulation sans précédent, Mitterrand met en place une politique digne des heures les plus glorieuses du keynésianisme : nationalisations en série, augmentation des impôts, mise en place d’une politique de l’assistanat généralisée. Résultat : la France est au bord de la faillite et Mitterrand doit changer de cap seulement trois ans après sa prise de fonction.
1997 : Alors que la compétition économique n’a jamais été aussi forte entre les pays, que le fléau des délocalisations fait son apparition et que la durée de vie s’allonge, le gouvernement Jospin met en place les 35h obligatoires. Nouvelle erreur historique. D’une part, cela ne résorbe pas le chômage, mais pire, cela l’augmente en plombant la croissance française.
2007 : le PS prévoit une généralisation des 35h, une nouvelle vague de nationalisations et l’abrogation de la réforme des retraites dont tout le monde s’accorde pour reconnaître qu’elle était devenue nécessaire depuis plus de vingt ans. Je pourrais ajouter que le projet socialiste prévoit le retour de la police de proximité dont l’inefficacité a été prouvée par l’explosion de la délinquance entre 1997 et 2002, ainsi que le retour à un régime parlementaire digne de la IVe République sous laquelle un gouvernement ne tenait jamais plus de 6 mois.
Bref, le PS semble acharner à être en constant décalage avec les réalités et à toujours vouloir persévérer dans des voies qui ont fait preuve de leur totale inefficacité. Ajouter à cela le traumatisme du 21 Avril 2002 et le NON à la Constitution Européenne qui les a profondément divisés, les socialistes sont aujourd’hui en pleine crise. Ils sentent bien que le PS traditionnel incarné par Laurent Fabius durant les primaires ne peut plus répondre aux attentes des Français. Il est d’un autre temps, dépassé… Mais d’un autre côté, le social-démocratisme auquel se sont pliés tous les autres partis socialistes européens et incarné par Dominique Strauss-Kahn ne leur convient pas non plus. Trop moderne, trop réaliste, trop éloigné du PS actuel et de ses vieilles recettes, sans doute… Dans ce cas, quel choix reste-t-il ? Ségolène bien sûr ! Candidate idéale sur bien des points : expérience ministérielle mais pas trop, pas de réelles idées ni de réelles convictions donc tout le monde est content, ratisse large depuis le NPS de Montebourg (l’aile gauche du PS) jusqu’aux Hollandais (aile modéré), et surtout… c’est une femme. Sur ce seul point elle incarne le changement ! Le pari c’est que les Français seront moins tentés de regarder le programme de la candidate et de réfléchir à sa réelle ambition pour le pays, la question étant de savoir si oui ou non on veut une femme à l’Elysée. Avec Ségolène, le PS a donc fait le choix de l’image, faute d’idées. C’est triste et c’est surtout grave pour notre démocratie car le Parti Socialiste est un des deux grands partis de gouvernement et les Français sont donc en droit d’en attendre une vision claire pour le pays.
A la lumière de ces quelques explications la nomination de Madame Royale par les militants socialistes prend donc tout son sens. C’est une nomination par défaut, symbole de l’impuissance et de l’échec d’un Parti à l’agonie. Les Français méritent mieux !
Etienne Mangeot